Retraites : mon intervention dans l’hémicycle – 4 février 2020

Retraites : mon intervention dans l’hémicycle – 4 février 2020

 

 

 

Merci M Mme le/la Président e,

Madame la Ministre,

Chers collègues,

Nous nous engageons aujourd’hui dans la construction d’un nouveau système de retraite et nous le faisons avec conviction, détermination, écoute et concertation.

Ce projet donne un rôle central aux partenaires sociaux, dans sa construction, dans sa gouvernance et son pilotage.

Cette confiance renouvelée dans le paritarisme responsabilise chacun des acteurs pour l’équilibre financier du système des retraites, à court terme et moyen terme.

Ce projet est conforme à celui qui a été proposé aux Français par le Président de la République lors de son élection.

Conforme aux engagements. C’est une réforme nécessaire, juste et équitable. Ambitieuse, à la hauteur de l’enjeu, car personne ne peut contester les difficultés rencontrées par le système actuel. Un système avec 42% d’inégalités entre les pensions des femmes et des hommes, un système qui n’ouvre la reconnaissance de la pénibilité qu’au privé, un système qui présente les plus fortes inéquités d’âge de départ entre ceux qui partent le plus tôt et le plus tard, un système qui supporte 42 régimes de retraites aux règles différentes, qui n’accompagne pas les évolutions sociétales, et ne répond pas aux enjeux de protection de certaines activités ou statuts.

Nous le réaffirmons, cette réforme est :

Nécessaire, car notre système actuel est trop complexe, illisible et défavorable aux travailleurs les plus fragiles. Cette réforme s’impose. Cette majorité a le courage de le reconnaître et d’entreprendre la refondation de notre système d’assurance vieillesse, alors que les gouvernements et législatures précédents y ont renoncé devant l’ampleur du défi.

Equitable,car pour la première fois de notre histoire, un minimum de pension sera garanti et chaque heure travaillée ouvrira des droits. Un salarié cumulera des points dès la première heure travaillée, la valeur de ce point ne pourra baisser et progressera par son indexation sur les salaires. Terminées les heures travaillées qui n’ouvrent aucun droit malgré des cotisations pleines ; terminés les niveaux de pension indignes. Les analyses du bilan redistibutif le démontrent : les niveaux de pensions seront meilleurs après la mise en place de cette réforme et la dispersion des pensions sera réduit.

Juste, car il pose le principe des mêmes droits pour tous, en assurant le maintien d’un système de retraite par répartition fondé sur la solidarité entre les générations. Et pour les futures génération. Car c’est là notre responsabilité de législateurs.

Les inégalités issues de notre système actuel ne sont plus tolérables, nous les corrigeons.

Je pense en particulier aux femmes.

Qui peut oser prétendre qu’il ne faut pas changer les règles quand les pensions des femmes sont 42% inférieures à celle des hommes en moyenne ? Cela représente 800 euros de moins par mois en moyenne ! Les inéquités de carrière ont des conséquences parfois dramatiques sur leurs retraites.

La réforme à venir rééquilibre les droits entre les femmes et les hommes.

Elles seront parmi les principales bénéficiaires de la mise en place du minimum de pension à hauteur de 85% du SMIC. En effet, 70% des personnes à temps partiel sont des femmes et une majeure partie des personnes rémunérées au SMIC. Pour les générations 1980 et 1990, les pensions des femmes augmenteront ainsi de 5 à 10%. Les femmes sont aussi les plus nombreuses à travailler jusqu’à 67 ans pour éviter la décote. C’est injuste et nous répondrons à cet aspect.

Par ailleurs, s’agissant des pensions de réversion, 90% des bénéficiaires des pensions de réversion sont aujourd’hui des femmes : le nouveau système de la réversion, en garantissant au conjoint survivant 70% du montant global des ressources du couple bénéficiera avant tout aux femmes.

Dans le système universel, les mêmes droits seront donnés pour chaque enfant, et cela dès le 1er enfant : une majoration de pension de 5% sera attribuée à tous, quel que soit le statut professionnel ou la carrière, avec un droit d’option sur son attribution entre les parents. Rappelons que les femmes ont en moyenne 2 enfants, et que cette mesure accompagne une majorité de familles qui seront mieux soutenues. Cette majoration sera de 7% pour le troisième enfant. Ainsi, 8 millions de femmes bénéficieront d’une majoration contre 3 millions de femmes actuellement.Au-delà de la majoration de 5%, des droits seront ouverts lors des interruptions de carrière liées à l’arrivée d’un enfant. Ce ne sont plus uniquement des trimestres validés mais des euros cotisés pour des pensions augmentées.

Les points attribués aux aidants pour valoriser les pensions concerneront principalement les femmes, car ce sont elles, à ce jour, qui sont majoritairement en aidantes.

Enfin, dès la 1èreheure travaillée, des points seront comptabilisés pour les personnes à temps partiel et personnes avec des contrats courts. Là encore, les femmes sont les plus concernées par ces situations de précarité. Elles sont aujourd’hui doublement pénalisées : pendant leur carrière et à la retraite. Les propositions effectuées visent clairement à soutenir le travail effectué, même à temps partiel, même permittent.

Ces nouvelles règles sont des avancées sociales importantes pour les femmes et pour les salariés les plus fragiles, nul ne peut prétendre le contraire.

Le débat parlementaire qui va s’ouvrir sera l’occasion de discuter de chacun de ses aspects. Nous mènerons ces discussions dans le respect des règles démocratiques car l’enjeu mérite que chacun puisse, en responsabilité, s’exprimer devant la représentation nationale.