Travail des plateformes : 3 questions à Cyril COSME

Travail des plateformes : 3 questions à Cyril COSME

🗣Mes 3 questions à Cyril COSME : Directeur de l’Oganisation Internationale du Travail (OIT) pour la France.

🇪🇺L’Europe doit être une Europe qui protège ! En mission pour la commission des Affaires Européennes sur le travail de plateformes, j’interroge M.COSME :

1️⃣Pensez-vous que le développement des plateformes vient de la difficulté pour les PME de repenser leurs méthodes de production, leurs conditions de travail et leurs circuits de distribution (notamment numérique) ?

🗣 Les questions autour des plateformes numériques, et de l’organisation de l’activité via cet intermédiaire, sont venues plutôt de dimensions économiques de distorsion de concurrence (par exemple, les taxis qui achètent une licence alors que Uber n’a pas cette charge) ou fiscales, mais pas forcément de la notion de protection sociale. Les préoccupations sociales sont venues dans un second temps.

L’OIT souhaite accompagner ces évolutions du monde du travail, avec ses considérations socio-économiques, par des programmes de sensibilisation tels que SCORE. Ce programme vise à sensibiliser les PME dans des pays en développement, qui sont le plus souvent auto-entrepreneur, sur le fait que la productivité est durablement plus forte si la relation client/fournisseur, les conditions de travail et le dialogue social sont considérés avec attention.

Le numérique est un outil très puissant et très utile pour aller vers une meilleure formalisation du travail et de l’économie.

2️⃣Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’OIT propose que la convention du travail maritime puisse inspirer une réglementation internationale du travail de plateformes, notamment pour le crowd-working (travail de foule) ?

🗣Le crowd-working est une activité à la tâche, dans une logique d’économie transnationale, donc avec un cadre juridique applicable difficile à définir. Cette forme d’activité, qui prend la forme de missions répétitives de traitement de données, dont la valeur est apportée par sa répétition, par des personnes nombreuses et souvent réparties partout dans le monde, soulève de nombreuses difficultés lorsqu’on s’intéresse à la protection sociale des travailleurs.

Le travail maritime est depuis le XIXème siècle en travail mondialisé. Le secteur comprend les navires qui battent certains pavillons, des marins de toutes nationalités sur un même navire et des contrôles portuaires qui sont le plus souvent exercés par des douanes de tierces nationalités lorsque les navires font escale. Aussi, très tôt, la réglementation internationale maritime a été instaurée. En 2006-2007, la convention 186 de l’OIT consolide l’ensemble des textes qui régissent le droit maritime. Dès lors, beaucoup de législations/règlementations des différents Etats découlent de cette convention.

La situation de l’organisations travail via des plateformes présente des similitudes : la plateforme est hébergée dans un pays, le(s) travailleur(s) dans un ou plusieurs autre(s) nations, le(s) client(s) dans d’autres. Aussi, l’OIT propose une convention qui, à l’image de ce qui a été fait pour le maritime, pourrait servir de socle commun international pour l’organisation et la régulation du travail de plateformes.

3️⃣Comment qualifiez-vous l’économie des plateformes européennes et leurs implication sur l’économie du soin, verte ou rurale ?

🗣Le travail de plateforme est souvent un moyen d’entrer dans le monde du travail, particulièrement pour certains jeunes issus de quartiers en difficultés, de minorités, de parcours à faible qualification. Cette réalité existe et il convient de l’accompagner sociétalement par la formation tout au long de la vie (et le transfert des droits) et par l’évaluation des plateformes dans leurs responsabilités (non discrimination, juste concurrence, etc.).

Il est très difficile d’avoir des données fiables, mais l’économie de plateforme représenterait aux USA 1,5 à 2% des travailleurs, dont la moitié en ferait une activité complémentaire pour augmenter leurs revenus (étudiants, ou complément à une activité principale). Le secteur du « care » est le secteur le plus en devenir, qui va connaitre une croissance très forte, mais il reste marginal dans l’économie de plateforme. Même si ces secteurs (du soin, verte ou rurale) existent, nous avons peu de données chiffrées de celles-ci et paraissent rester faiblement représentées en proportion.